Much ado about nothing, c'est sans doute ce qu'aurait dit Shakespeare en voyant le cirque autour de cette loi, mais nous sommes français, alors c'est Molière qui devrait se charger de l'épitaphe,
pardon, je dévoile déjà la suite de mon raisonnement, de l'éloge de cette loi, et le titre est tout trouvé : Les précieuses ridicules.
Jusqu'à maintenant l'esprit pratiks c'était abstenu de s'exprimer sur Hadopi, certains s'en sont étonnés, alors voici en réponse pourquoi je n'ai jamais jusqu'à ce jour évoqué le cas Hadopi.
Tout d'abord, c omme beaucoup d'autres, j'appartiens à la génération cassette, j'ai passé mon enfance à faire des enregistrements de la radio sur mon magnétophone, et à faire des copies de disques
pour mon walkman en créant bien avant que le mot soit à la mode mes propres playlist. A l'époque quelques messages nous avertissaient déjà que ce n'était pas bien de faire ça, personne n'y prêtait
attention et les majors comme les artistes ne s'en portaient pas plus mal.
Le CD a ensuite tué le 33 tours et les cassettes, et j'ai acheté l'un des premiers graveur de CD, histoire de pouvoir continuer à choisir mes playlist. L'industrie du disque a râlé, mais elle a
survécue.
Il est dans l'ordre logique des choses qu'aujourd'hui, le téléchargement tue à son tour le CD et ensuite surement le DVD.
Le téléchargement voici donc le nouveau cauchemars des majors et de certains artistes. Je précise certains artistes, car il est rarement rappelé dans toute la littérature sur le sujet la
responsabilité des artistes dans la situation actuelle. N'est-ce pas la nouvelle génération d'artiste qui en mettant allégrement à la disposition du public des morceaux gratuits sur youtube,
myspace et autres facebook a habitué les utilisateurs à cette notion de musique gratuite ? A moins que ce ne soient les majors qui n'aient laissé que ce moyen aux jeunes artistes de se faire
repérer en n'effectuant plus leur mission de dénicheurs de talents ?
Mais finalement qu'importent les causes, les faits sont là : l'habitude de consommer gratuitement de la musique et de la vidéo sur internet est prise pour une frange non négligeable de la
population.
Et cela est-il réellement en train de ruiner tous les artistes comme nous le voyons écrit ici et là ? Madonna et Coldplay ont-ils vraiment des problèmes de fin de mois ? Kamini, Olivia Ruiz ou
Julien Doré, sont-ils vraiment à plaindre ? Les concerts jouent à guichet fermés, le marchandising explose, les nouveaux produits dérivés comme les sonneries sont une manne inespérée il y a encore
10 ans, et les DVD musicaux ne se portent pas simal que ça... D'ailleurs il n'y a qu'a regarder les rapports annuels des grandes majors pour comprendre que la situation n'est pas si catastrophique
que ça, à priori ni Sony Music ni EMI ne devraient déposer le bilan dans les mois à venir.
Bien sûr, il semble maintenant établi que les majors de la musique et du cinéma vont devoir inventer un nouveau modèle économique sous peine de voir non seulement diminuer leurs ressources mais
aussi, beaucoup plus grave, de perdre leurs meilleurs artistes. L'exemple Madonna quittant une major pour un organisateur de tournée préfigure sans doute d'une des voies possibles pour l'avenir.
Tout le monde en est conscient, mais chacun essaye de gratter encore le plus longtemps possible tout ce qui peut être pris du vieux modèle périmé. Tous les moyens sont bons pour ça, et le lobbying
en fait partie. Demain l'enregistrement musicale ne sera peut-être plus que le produit d'appel pour vendre tout ce qui tourne autour : places de concerts, merchandising, sonneries, collectors
etc... Dans un autre secteur, la téléphonie mobile est elle déjà en train de faire sa révolution avec le modèle créé par Iphone : Demain les fabricants gagneront plus d'argent avec l'exploitation
de leurs terminaux qu'avec leur vente, c'est une révolution. Et quelle chance pour nous d'évoluer dans un univers en pleine mutation, d'avoir l'opportunité de participer à la naissance d'un nouvau
mode de consomation.
Pratiks est un site pratique comme son nom l'indique, et l'esprit pratiks s'attache donc à parler de choses concrètes et réelles. Tout l'inverse d'Hadopi qui ressemble de plus en plus à une loi
virtuelle, une de plus, mais après tout n'est-ce pas normale de légiférer un monde virtuel avec une loi fantôme ? Qu'importe la légitimité et la permanence d'une loi si elle n'est pas appliquée !
Et tous ceux qui se sont un peu penché sur le texte et le problème savent pertinemment que cette loi sera en l'état vraiment très difficile à mettre en oeuvre. Que ce soit pour des raisons
techniques évidentes ou pour des raisons de constitutionnalité, voire de compatibilité avec les règlements européens, Hadopi n'a quasiment aucune chance d'être un jour réellement appliqué telle
quelle.
Combien-même les hautes autorités de l'état arriveraient à résoudre dans un délai raisonnables les défis technologiques et budgétaires posés par l'application de la loi, les premières victimes
s'empresseraient de saisir, qui le conseil constitutionnel, qui la cour européenne, et la loi d'être alors remaniée, corrigée, amendée...
La vraie question serait : pourquoi cette obstination a vouloir faire passer en l'état une loi, qui sans vouloir émettre le moindre jugement sur le fond, semble tout de même sur la forme poser de
nombreux problèmes éthiques et légaux tout en battrant en brèches un certain nombre de principes sur lesquels repose nos institutions ? Pourquoi mettre tant d'insistance à faire passer une loi que
ses propres rapporteurs savent inapplicable telle qu'elle ? S'agit-il seulement de donner satisfaction à quelques lobbies particulièrement influents ?
Enfin bref, Hadopi viendra sur le fond grossir la cohorte des lois non appliquées qui encombre l'arsenal juridique français. Sur la forme, elle tiendra sans doute son rôle en calmant les ardeurs de
tous ceux qui ne peuvent imaginer un grand pays comme le notre capable de jouer sur une vieille recette bien connu des médecins : l'effet placebo. Tout comme un faux médicament peut aider à guérir,
pour peu que le patient y croit, Hadopi peut diminuer le téléchargement illégale,
pour peu que les internautes veuillent bien y croire...
Et vous qu'en pensez-vous ?
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